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Comment améliorer le dépistage du cancer du col de l’utérus dans les pays à ressources limitées ? Les résultats de l’étude PAVE

Après quatre années de recherche internationale, l’étude PAVE, dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue scientifique The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health, apporte de nouvelles données sur une stratégie innovante de dépistage du cancer du col de l’utérus. Associant un test HPV réalisable par auto-prélèvement à une analyse des images du col assistée par intelligence artificielle (IA), cette approche pourrait contribuer à faire évoluer les stratégies de prévention dans les pays à faibles et moyens revenus.

Ces pays concentrent près de 90 % des décès liés à cette maladie, qui demeure l’une des principales causes de mortalité par cancer chez les femmes. Pourtant, le cancer du col de l’utérus est largement évitable. La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), responsable de la quasi-totalité des cas, permet de prévenir l’infection ; le dépistage permet quant à lui de détecter et de traiter les lésions précancéreuses. Mais l’accès à ces outils reste limité dans de nombreux pays. 

Menée auprès de plus de 50 000 femmes dans neuf pays, l’étude PAVE constitue une avancée importante dans la recherche de solutions adaptées à ces réalités. La Fondation MSF, aux côtés de Médecins Sans Frontières (MSF) et d’Epicentre, a contribué à ces travaux en soutenant leur mise en œuvre au Malawi. 

Innover pour mieux dépister : l'engagement de La Fondation MSF 

Le manque de professionnels spécialisés, les distances à parcourir, le coût des tests ou encore la disponibilité limitée des équipements compliquent l'accès au dépistage et son organisation à grande échelle. 

C’est pour répondre à ces difficultés que la Fondation MSF a lancé en 2020 le projet AI4CC (Artificial Intelligence for Cervical Cancer), un programme de recherche consacré à l’évaluation de technologies innovantes, dont l’IA, pour améliorer la détection des lésions précancéreuses dans les contextes où MSF intervient. 

Notre ambition était de dépister plus de femmes, plus tôt et de manière plus fiable. On s’est rapidement rendu compte que l’IA seule n’était pas suffisante. AI4CC a donc évolué vers une approche plus large, fondée sur l’utilisation d’outils complémentaires. Et c’est précisément ce que proposait PAVE 

Pauline Chone
Pauline Chone
Cheffe de projet AI4CCLa Fondation MSF

En 2022 La Fondation MSF, MSF et Epicentre ont rejoint le consortium international de l’étude PAVE, coordonnée par le National Cancer Institute (États-Unis). L’objectif : évaluer une nouvelle stratégie de dépistage adaptée aux systèmes de santé disposant de moyens humains et financiers limités. 

histopathology lab

Une stratégie en deux étapes

L’étude PAVE a évalué une approche combinant deux innovations complémentaires pour identifier les femmes présentant un risque élevé de lésions précancéreuses. 

  • Dans un premier temps, les femmes réalisent un auto-prélèvement vaginal. L’échantillon est ensuite analysé à l’aide d’un test HPV simplifié. Ce test détecte la présence du HPV et identifie simultanément le génotype du virus. Le risque de développer des lésions précancéreuses variant selon les souches, cette information permet de déterminer quelles femmes doivent bénéficier d'examens complémentaires en priorité. 

  • Les femmes dont le test HPV est positif bénéficient ensuite d’un examen visuel réalisé à l’aide d’un colposcope numérique intégrant une IA. Le dispositif capture des images du col de l’utérus, que l’algorithme analyse en les croisant avec les résultats du génotypage HPV afin d’estimer la probabilité de lésions précancéreuses. Il fournit ainsi une aide à la décision au soignant. Lorsque cela est nécessaire, le même dispositif est utilisé pour réaliser un traitement par ablation thermique. 

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Une étude internationale, mise en œuvre notamment au Malawi

Entre 2022 et 2025, plus de 50 000 femmes ont participé à l’étude dans neuf pays. 

Au Malawi, où MSF mène depuis 2018 un programme de prévention et de prise en charge du cancer du col de l’utérus, la Fondation MSF a soutenu la coordination et la mise en œuvre de l’étude PAVE. 

Au total, 6 100 femmes ont participé à la première phase, consacrée à l’évaluation de la stratégie et à la validation de l’IA, et plus de 1 300 à la deuxième phase, qui visait à tester l’utilisation de l’algorithme en conditions réelles. 

Ce que quatre années de recherche nous apprennent 

Les résultats publiés dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health apportent plusieurs enseignements sur les possibilités offertes par cette stratégie. 

L’auto-prélèvement pour élargir l’accès au dépistage du HPV 

L’expérience de terrain démontre la faisabilité de l’auto-prélèvement. Cette méthode peut faciliter l'accès au dépistage, notamment pour les femmes vivant loin des structures proposant des soins spécialisés. Elle préserve également davantage leur intimité et réduit l’inconfort, la douleur ou l’appréhension souvent associés à l’examen au spéculum. 

Elle permet enfin de mieux organiser le parcours de soins : les examens complémentaires sont réservés aux femmes dont le test HPV est positif, tandis que celles dont le résultat est négatif peuvent être rassurées. 

Le génotypage pour mieux identifier les femmes à risque 

La présence d’un HPV ne signifie pas qu’une femme développera un cancer. La plupart des infections disparaissent spontanément. Lorsque ce n’est pas le cas, le génotypage permet d’identifier les infections associées à un risque plus élevé de lésions précancéreuses et de prioriser les examens approfondis. Un atout particulièrement important lorsque les ressources médicales sont limitées. 

Le HPV35, un génotype particulièrement fréquent en Afrique 

Une sous-étude consacrée au HPV35, particulièrement fréquent en Afrique subsaharienne, a permis de mieux documenter la prévalence de ce génotype et son potentiel cancérigène. Ces données pourront alimenter les réflexions et les plaidoyers sur l’évolution des stratégies de prévention, ce génotype n’étant pas couvert par les vaccins HPV actuellement utilisés. 

L’intelligence artificielle comme aide à la décision clinique 

Les analyses de PAVE montrent une bonne concordance entre les estimations générées par l’algorithme d’IA et les diagnostics confirmés par biopsie. Elles soulignent l’intérêt de croiser l'évaluation visuelle assistée par IA avec le génotypage HPV pour affiner l'évaluation du risque. 

L’IA n’a pas vocation à remplacer le diagnostic du professionnel de santé, mais peut constituer une aide à la décision clinique, particulièrement utile lorsque les spécialistes sont peu nombreux. 

Nous avons montré que cette stratégie combinant HPV et IA peut être mise en œuvre dans des contextes de soins réels, y compris en milieu rural. Elle confirme que le dépistage du HPV est réalisable dans ces contextes et que l’IA permet une stratification plus fine des risques, facilitant l’identification des femmes nécessitant des soins prioritaires. Les données recueillies sont essentielles pour alimenter les réflexions sur l’implémentation des stratégies de dépistage dans les contextes contraints

Federica Inturrisi
Federica Inturrisi
Epidémiologiste spécialiste du HPVLa Fondation MSF

De la recherche à la mise en œuvre opérationnelle 

En 2026, les enseignements de l’étude PAVE sont présentés lors de plusieurs conférences et congrès internationaux. Cette diffusion scientifique permet de partager les résultats avec la communauté scientifique et les acteurs engagés dans la prévention du cancer du col de l’utérus. 

Parallèlement, certains acquis de l’étude sont déjà intégrés aux activités courantes du programme MSF au sud du Malawi : le dépistage du HPV par auto-prélèvement, associé à un test avec génotypage, figure désormais dans les pratiques et les budgets opérationnels. Une première étape vers un dépistage plus accessible et mieux adapté aux profils de risque des femmes. 

La recherche sur l’IA se poursuit en parallèle, afin d’approfondir l’analyse des données recueillies et d'améliorer encore l’algorithme. 

La publication des résultats de PAVE ne constitue donc pas un aboutissement, mais une étape dans un processus plus long. Démontrer scientifiquement qu’une stratégie fonctionne ne suffit pas à garantir son adoption. Il faut encore réunir les conditions de son intégration dans les soins : disposer d’un matériel fonctionnel, former les équipes, garantir des délais raisonnables et maintenir des coûts accessibles. Sa pérennité dépend également de son acceptabilité par les patientes et les soignants, ainsi que de l’engagement politique et des financements nécessaires à long terme. 

C’est tout l’enjeu du travail de la Fondation MSF : faire le lien entre la preuve scientifique et la réalité des soins, pour transformer une innovation prometteuse en une pratique pertinente, durable et déployable à plus grande échelle. Au Malawi, cette transition a déjà commencé. C’est dans cette capacité à accompagner les innovations jusqu’à leur adoption concrète par les équipes de santé que se joue leur véritable impact. 

A day at Blantyre cervical cancer referral hospital
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