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Rééducation des brûlures en Syrie : préserver les fonctions et accompagner la reconstruction

Entretien avec Violette, spécialiste clinique en rééducation des brûlures – La Fondation MSF 

Dans le cadre de son projet de développement de la rééducation spécialisée, La Fondation MSF accompagne les équipes de Médecins Sans Frontières dans la prise en charge des brûlures — une prise en charge complexe, qui s’inscrit dans la durée et mobilise des compétences spécifiques. 

En mai dernier, Violette, kinésithérapeute spécialiste clinique de la brûlure pour La Fondation MSF, s’est rendue à l’hôpital MSF d’Atmeh, dans le nord-ouest de la Syrie, pour appuyer l'équipe de rééducation. Elle revient sur les enjeux de cette prise en charge et le suivi d’un jeune patient, Khalid. 

Un enjeu majeur

Pourquoi la prise en charge des brûlures représente-t-elle un enjeu particulier dans ce contexte ? 

La prise en charge des brûlures est complexe par nature, car elle nécessite une approche pluridisciplinaire : chirurgie, soins médicaux, suivi psychologique, rééducation. Dans un contexte comme le nord-ouest de la Syrie, où les ressources et l’accès à des soins spécialisés restent limités, l’hôpital MSF d’Atmeh joue un rôle clé en proposant une prise en charge complète et continue des patients brûlés. 

Cet enjeu est d’autant plus important que la majorité des patients sont des enfants, souvent victimes de brûlures liées à des accidents domestiques.  

La rééducation fait pleinement partie de cette prise en charge. Elle vise à prévenir les rétractions, préserver la mobilité, soulager la douleur et accompagner l’évolution des cicatrices parfois sur plusieurs années. 

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L'action de la fondation à Atmeh

Quel est le rôle de La Fondation MSF auprès des équipes de rééducation ? 

Nous intervenons en appui des équipes pour accompagner le développement de compétences spécialisées. Concrètement, cela passe par un travail mené à distance et lors de visites régulières sur le terrain : formations aux techniques spécifiques pour la brûlure, échanges autour de cas complexes, aide à l’organisation de l’activité et à sa coordination avec les autres spécialités, identification et mise à disposition de matériel adapté aux contraintes du terrain. 

Depuis un an La Fondation développe aussi le Programme 3D (cliquez ici pour visionner le reportage), qui permet de fabriquer des dispositifs compressifs de haute qualité, utiles dans le traitement des cicatrices de brûlures au visage ou au cou.  

L’objectif est de renforcer l’autonomie des équipes et de leur permettre d’intégrer des approches qui ne sont pas toujours disponibles dans ces contextes. 

Comment s’organise la rééducation à l’hôpital d’Atmeh ? 

L’équipe est composée d’un superviseur et de sept kinésithérapeutes. Ils interviennent à différents moments du parcours de soins, en chirurgie, en hospitalisation et en ambulatoire, avec un roulement entre les membres de l’équipe. 

Les séances sont adaptées à chaque patient. Elles reposent sur différentes techniques, comme les massages, les étirements ou l’utilisation de matériel pour positionner les patients dans des positions adaptées ou travailler la mobilité. Les soins sont ajustés en fonction des zones atteintes, de l’évolution des cicatrices et de la tolérance du patient. 

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Le cas de Khalyd

Vous avez notamment suivi le cas de Khalid. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Khalid est un nourrisson de trois mois, gravement brûlé au visage dans ses premières semaines de vie, avec des lésions sur l’ensemble du côté gauche du visage. Initialement soigné en Turquie, il n’a pas bénéficié de rééducation avant sa prise en charge à l’hôpital d’Atmeh plusieurs semaines après l’accident. 

À son arrivée, les séquelles cicatricielles limitaient fortement certaines fonctions : il ne pouvait presque pas ouvrir son œil gauche, ni sa narine gauche, et présentait également des difficultés à ouvrir la bouche et donc à s’alimenter. Sans prise en charge adaptée, ce type de limitation peut rapidement s’aggraver et entraîner des pertes de fonction durable. 

Les kinésithérapeutes assurent son suivi avec trois séances par semaine, incluant des massages, des étirements et l’utilisation ponctuelle d’une attelle pour travailler l’ouverture buccale. Après un mois, les progrès sont progressifs mais réels : l’ouverture de l’œil est rendue possible et l’alimentation est facilitée. 

Quelles sont les spécificités de la prise en charge chez un nourrisson ? 

Chez un nourrisson, la rééducation traite les séquelles de la brûlure et accompagne aussi le développement de l’enfant. Lorsqu’une fonction est entravée très tôt, elle doit parfois être construite autant que récupérée. 

Dans le cas de Khalid, la cicatrice empêchait presque totalement l’ouverture de l’œil gauche depuis ses premières semaines de vie. Il ne l’utilisait presque pas et gardait l’œil fermé, à la fois à cause des tensions liées à la cicatrice et aussi par absence d’habitude. La rééducation vise donc à restaurer cette fonction, mais aussi à lui permettre de se l’approprier progressivement. 

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la prise en charge

Quelle est la place des familles dans cette prise en charge ? 

Elle est essentielle. Les séances en kinésithérapie ne suffisent pas à elles seules : le suivi des protocoles pour le port d’attelles ou d’éléments compressifs et la régularité des mobilisations est déterminante. Même sur des durées courtes, quelques minutes, mais répétées plusieurs fois dans la journée.  

L'équipe forme donc les parents aux gestes de massage et d’étirement pour qu’ils puissent les reproduire à domicile. Cela permet d’assurer une continuité des soins entre les séances et d’améliorer les résultats. 

C’est aussi un élément clé pour instaurer une relation de confiance avec les familles. 

Un masque sur mesure a été réalisé pour Khalid. À quoi sert-il ? 

Un masque facial en thermoplastique a été fabriqué afin d’exercer une pression ciblée sur certaines zones du visage et limiter les déformations. Ce matériau peut être moulé à la main, directement sur le visage du patient, ce qui permet de s’adapter à des zones plus creusées ou irrégulières.  

Dans le cas de Khalid, l’utilisation de ce type de dispositif a été privilégiée en raison de son âge : les os de sa tête ne sont pas encore très solides et il est en pleine croissance, et cela nécessite de nombreuses précautions. 

La mise en œuvre de ces techniques n’a été possible que grâce à l’implication de sa famille, qui suit attentivement les recommandations et respecte rigoureusement les rendez-vous de suivi. Cette collaboration est essentielle pour garantir l’efficacité et la sécurité du traitement. 

Quelles sont les perspectives pour la suite de sa prise en charge ? 

Une intervention chirurgicale est actuellement à l’étude, notamment pour améliorer la fonction de l’œil. Après cette étape, différentes options pourront être envisagées pour poursuivre la prise en charge cicatricielle. 

La Fondation MSF étudie notamment la possibilité d’équiper Khalid avec un dispositif issu du programme 3D. Ces solutions, conçues à partir de techniques de modélisation avancées, sont toutefois habituellement réservées à des patients plus âgés. Chez un nourrisson, la croissance du visage impose des adaptations très régulières du masque. L’inclusion d’un si jeune patient constituerait une première dans le cadre de ce programme. 

Que retenez-vous de cette mission ? 

Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est l’engagement et le niveau des équipes locales, qui réussissent à prendre en charge des cas complexes avec des ressources limitées. 

Cette mission m’a permis d’appuyer concrètement l’équipe d’Atmeh et montre qu’il est possible de développer des approches spécialisées et des soins de haute qualité, même dans des contextes humanitaires souvent perçus comme limités aux soins d’urgence.  

Au-delà de la prise en charge immédiate, l’enjeu n’est pas seulement de sauver des vies, mais aussi de préserver les fonctions, l’autonomie et la qualité de vie des patients sur le long terme. C’est dans cette perspective que s’inscrit notre accompagnement. 

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