A day at Blantyre cervical cancer referral hospital
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Rééducation après traitement d’un cancer du col au Malawi : comment améliorer l’accès pour les patientes ?

Au Malawi, de nombreuses femmes traitées pour un cancer du col de l’utérus parcourent des dizaines de kilomètres pour accéder à des soins de rééducation pourtant essentiels à leur rétablissement. À Blantyre, au sein du programme MSF de prévention et de traitement de ce cancer, La Fondation MSF développe et soutient depuis deux ans une activité de rééducation spécialisée pour les femmes et travaille aujourd’hui à décentraliser ces soins afin de les rendre plus accessibles. 

Le cancer du col de l’utérus reste un enjeu majeur de santé publique au Malawi. Le pays présente l’un des taux de prévalence les plus élevés au monde : près de 40 % des cancers diagnostiqués chez les femmes sont des cancers du col, et la maladie cause près de 3000 décès chaque année. 

Le suivi des patientes 

Au sein du projet MSF d’oncologie de Blantyre, dans le sud du pays, l’équipe de rééducation composée de deux kinésithérapeutes et d’une remplaçante accompagne aujourd’hui 714 patientes, dont 384 nouvelles femmes prises en charge en 2025. 

Beaucoup d’entre elles vivent loin de la ville. Les trajets vers l’hôpital peuvent être longs, coûteux et physiquement éprouvants, alors même que la rééducation nécessite des visites régulières pour prévenir ou traiter des séquelles fréquentes après les traitements (chirurgie, chimio-radio thérapie) : sténoses vaginales, neuropathies, fuites urinaires ou fécales, troubles du plancher pelvien et douleurs persistantes. 

Vitumbiko Phiri est référente de l’équipe de rééducation au sein du projet MSF au Malawi :

« La plupart des femmes que nous suivons ont subi des traitements lourds. La rééducation leur permet de retrouver des gestes simples : marcher sans douleur, reprendre leurs activités agricoles ou commerciales, gérer les tâches domestiques. Elle améliore aussi la santé sexuelle et limite l’isolement. » 

Vitumbiko Phiri
KinésithérapeuteMSF

Coordonnée avec la gynécologie, la chirurgie, la santé mentale, les soins palliatifs et les équipes de gestion de la douleur, les séances de kinésithérapie débutent idéalement avant la chirurgie, se poursuivent pendant les traitements et jusqu’à un an après.  

Or, un défi important demeure : le manque de professionnels formés à la prise en charge en rééducation spécialisée pour les femmes.  

Décentraliser pour rapprocher les soins 

Un premier pas a été franchi en aout 2024 avec l’hôpital du district de Mangochi, situé à plus de 6 heures de bus, au nord de Blantyre. Là-bas, des kinésithérapeutes du ministère de la Santé ont été formées par La Fondation MSF à la prise en charge des séquelles fonctionnelles des cancers féminins et de leurs traitements. Depuis, une consultation est organisée chaque mois, accueillant en moyenne une dizaine de patientes, soit environ 180 séances de rééducation réalisées à ce jour. 

Cette décentralisation élargie l'offre de soins et réduit la charge financière et la fatigue liées aux déplacements pour les patientes de cette région. Elle permet aussi d’optimiser la fréquence du suivi : les femmes peuvent être vues plus régulièrement, plutôt que tous les trois ou six mois, ce qui facilite un accompagnement continu et une prise en charge plus rapide des complications ou séquelles liées au cancer. 

En ce début d’année 2026, cette dynamique s’accélère. 
Arrivée début janvier, Elizabeth Braga, kinésithérapeute spécialiste en santé de la femme pour La Fondation MSF, accompagne avec l’équipe de Blantyre l’introduction de cette prise en charge spécifique dans deux autres hôpitaux de districts voisins : Zomba Central Hospital au Nord-est de Blantyre et Mulanje District Hospital à l’est. 

Pour Elizabeth, le travail réalisé avec ces établissements publics de santé est un élément clé : 

« Au-delà de l’amélioration de l’accès aux soins, cette collaboration renforce les compétences locales en matière de rééducation appliquée aux cancers pelviens, comme le cancer du col ou de la vulve. En travaillant avec les hôpitaux centraux et de district du ministère de la Santé, les équipes participent au développement de capacités techniques durables au sein du système de santé malawite au‑delà de MSF.» 

Elizabeth Braga
Elizabeth Braga
kinésithérapeute spécialiste en santé de la femmeLa Fondation MSF

La décentralisation de la rééducation au Malawi marque une étape importante pour améliorer le parcours des femmes touchées par un cancer du col. En formant des kinésithérapeutes dans plusieurs régions et en travaillant avec les structures publiques de santé, La Fondation MSF contribue à rendre cette prise en charge plus disponible et plus durable. 

Pour ces femmes, une rééducation adaptée n’est pas seulement une question de soins : c’est une condition essentielle pour retrouver autonomie, dignité et qualité de vie. Développer cette rééducation spécialisée participe ainsi à une prise en charge plus humaine et globale essentielle au rétablissement des femmes touchées par un cancer du col. 

 
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